« C’est un boulevard de la mort et de traitement inhumain. » Ces mots, prononcés par Demba Tounkara lors d’une rencontre sur la migration, résument la dure réalité de l’émigration clandestine chez les Soninkés . Pourtant, chaque année, des centaines de jeunes quittent leur famille, traversent le désert et prennent la mer sur des embarcations de fortune, au péril de leur vie.

Pourquoi ce peuple, qui a toujours migré, prend-il aujourd’hui des risques aussi extrêmes ? Et comment cette réalité touche-t-elle la communauté soninké ? Cet article explore les causes, les conséquences et les alternatives à la migration clandestine.
De la migration traditionnelle à la clandestinité
Une culture du voyage millénaire
Les Soninkés sont de grands voyageurs depuis l’époque de l’empire du Ghana . Comme le dit Boubacar N’Diaye, chef du service technique au Conseil régional de Kayes : « L’Égypte est le don du Nil, la région de Kayes est le don de la migration. »
Mais cette migration traditionnelle était organisée, souvent temporaire, et répondait à des besoins économiques précis. Les premiers départs massifs des années 1973-1974 étaient liés à la sécheresse et à la recherche de moyens de subsistance .
L’évolution vers la clandestinité
Dans les années 1960, la France avait signé des accords de libre circulation avec les pays africains. Mais à partir de 1974, avec la crise économique, l’immigration est devenue plus difficile. Les gouvernements successifs ont adopté des politiques de plus en plus restrictives .
Les Soninkés ont été particulièrement touchés, au point qu’on a parlé de « problème soninké » dans le débat public français . Beaucoup sont devenus des « sans-papiers », vivant dans la précarité et la peur d’être expulsés .
Les causes : pourquoi les jeunes partent-ils ?
Les raisons économiques
Le manque d’opportunités d’emplois, l’insuffisance des revenus et la nécessité d’un apport extérieur poussent les jeunes à tenter l’aventure . La région de Kayes, où vivent de nombreux Soninkés, est particulièrement touchée par la sécheresse et la pauvreté .
« Nous sommes dans une zone sahélienne, la pluviométrie n’est pas à la hauteur des attentes. » – Sega Sow, directeur de l’Agence de développement régional
La pression sociale et familiale
Dans la région de Kayes, « rester est contraire à la mentalité et à la logique » . La migration est devenue une norme sociale. Un jeune qui ne part pas risque d’être jugé, de perdre sa fierté.
Certains migrants préfèrent mourir en mer que de revenir « en raté », ce qui serait source de honte pour leur famille. Comme le décrit une étude sur la migration clandestine, il s’agit d’une « inversion de l’être » : les migrants doivent se dénier eux-mêmes pour ne pas devenir « personne » aux yeux de leur famille restée au pays .
L’héritage historique
La migration clandestine s’inscrit dans une longue histoire de mobilité soninké. Comme l’explique une étude récente, les migrations soninké sont souvent liées à des crises climatiques et à la recherche de nouvelles opportunités . C’est une dynamique qui remonte à plusieurs siècles.
Les conséquences : une tragédie humaine
Les morts en Méditerranée
Le décompte est macabre. En juillet 2015, 110 jeunes maliens ont péri dans un naufrage au large des côtes libyennes. Ils étaient quasiment tous du cercle de Bafoulabé, une zone à forte population soninké .
Mais les drames continuent. Des amis, des cousins, des inconnus meurent régulièrement dans la Méditerranée, loin des projecteurs des médias .
« La migration clandestine est un boulevard de la mort. » – Demba Tounkara
La perte de bras valides pour le pays
Chaque jeune qui part, c’est un bras en moins pour le développement du pays. Les communautés soninkés voient leurs forces vives partir, souvent pour ne jamais revenir .
Le traitement inhumain
Au-delà de la mer, c’est tout le parcours qui est dangereux. La traversée du désert, les passeurs sans scrupules, les camps en Libye, les embarcations de fortune… Chaque étape est une épreuve.
Les alternatives : des solutions existent
Les initiatives communautaires
Face à ce fléau, la communauté soninké se mobilise. Des associations comme Soninkara TRS ont pour mission de lutter contre l’immigration clandestine en aidant les parents pour la réussite scolaire de leurs enfants .
L’Association des Étudiants Soninkés du Mali organise chaque année des journées de sensibilisation avec des poèmes, des contes en langue soninké et des conférences-débats .
L’entreprenariat comme alternative
Lors d’une rencontre à Bamako, les jeunes ont été invités à se tourner vers l’entreprenariat. Des structures de financement et de formation existent pour aider les jeunes à créer leur propre activité au pays .
« Il faut que les jeunes se mobilisent en groupement et montent de bons projets. » – Broullaye Keita, représentant du ministre des Maliens de l’extérieur
La sensibilisation
Le professeur Kaba Diouara exhorte les jeunes à amplifier ce genre de rencontres, facteurs de paix et de cohésion sociale . La transmission des valeurs et des traditions peut aider à redonner confiance aux jeunes dans leur avenir au pays.
Une question de destin ?
Omar, un jeune de Kayes, disait : « Je connais des amis qui sont morts il y a quelques mois lors de la traversée mais ma conviction est que tout est une question de destin. »
Cette fatalité, cet espoir désespéré, est ce qui pousse tant de jeunes à risquer leur vie. Pourtant, des alternatives existent. L’entreprenariat, la formation, le soutien communautaire peuvent offrir une autre voie.
Conclusion
La migration clandestine est une tragédie humaine qui touche durement la communauté soninké. Des morts en Méditerranée aux vies brisées en Europe, les conséquences sont souvent dévastatrices.
Mais des solutions sont à portée de main : sensibilisation, entreprenariat, soutien scolaire, développement local. La communauté soninké a les ressources pour offrir à sa jeunesse un avenir digne, sans avoir à traverser la mer sur des embarcations de fortune.
« Il est temps d’en parler car nous craignons un danger qui guette la communauté soninké. » – Idrissa Cissé, président des jeunes de Guindimakha
Et toi, quelles solutions vois-tu pour aider les jeunes à rester au pays et à y réussir ?
