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la femme soninké : gardienne des traditions et actrice du changement(yakharou)

« En Afrique, une maison sans femme est une maison sans enthousiasme » . Ce proverbe soninké résume à lui seul l’importance capitale des femmes dans la société soninké. Gardiennes du foyer, éducatrices, agricultrices, commerçantes… elles ont toujours été les piliers sur lesquels repose la famille.

Dans cet article, nous explorons le rôle des femmes soninkés à travers le temps : de leurs tâches quotidiennes aux défis de la migration, en passant par leur lutte pour l’émancipation.

La femme soninké d’autrefois : une vie de labeur

La femme soninké traditionnelle se réveillait aux aurores, même en plein hiver . Sa journée était rythmée par des tâches incessantes :

· La préparation du petit-déjeuner : La bouillie « Sonbi » ou le petit déjeuner
· L’approvisionnement en eau : Parcourir des kilomètres jusqu’au puits ou au fleuve avec des bassines sur la tête
· Le ménage : Balayer la concession
· Le marché : Acheter le poisson, la viande et les condiments avec parcimonie
· La cuisine : Préparer les repas pour toute la famille

Les femmes soninkés avaient instauré un système de tour pour la cuisine. Assises sous l’arbre à palabre, elles épluchaient les légumes, préparaient la viande, tout en discutant et en racontant les faits divers du village .

La première tâche revenait de droit aux jeunes filles de la maison, aidées des jeunes mariées. Avoir une fille dans le monde Soninké était primordial. Une bonne fille allégeait le travail de sa mère.

La transmission : former les filles au métier de femme

Dans la société soninké traditionnelle, la mère formait sa fille dès son plus jeune âge. Elle lui apprenait :

· La cuisine
· Les tâches ménagères
· La gestion du foyer
· La préparation au mariage

Cette éducation visait à faire de la jeune fille une « bonne épouse », capable de prendre sa place dans un autre foyer .

Privée de sa fille, qui fera le bonheur d’une autre mère de famille, la femme soninké attendra avec impatience sa belle-fille.

Les bijoux et la beauté : Les femmes soninkés se paraient de bijoux en or, argent ou bronze : colliers, bracelets aux poignets et aux chevilles. Sous leurs vêtements, elles portaient plusieurs colliers de perles à la taille, portés comme sous-vêtements de séduction, uniquement visibles dans l’intimité .

Le rôle de la femme face à la migration

La migration masculine a toujours été une réalité dans la communauté soninké. Mais ce phénomène a eu des conséquences profondes sur la vie des femmes restées au pays.

Les difficultés :

· L’isolement : Les femmes restent seules avec les enfants et les personnes âgées
· La précarité : Privées de la présence et des revenus des hommes, elles doivent subvenir aux besoins de la famille
· L’attente : Parfois 10, 15 ans sans nouvelle d’un mari parti à l’étranger
· La polygamie : Certains hommes fondent un second foyer en Europe, laissant la première épouse sans nouvelles

Les femmes soninkés sont confrontées aujourd’hui plus que jamais aux dures réalités de la vie quotidienne.

Les activités des femmes au pays : Face à l’exode rural, les femmes restées au village se consacrent à :

· L’agriculture traditionnelle
· L’élevage
· La teinture
· Le petit commerce

Le drame des migrants clandestins : Pour envoyer un fils ou un frère vers l’Europe, les femmes n’hésitent pas à vendre leurs biens : maison, bétail, bijoux… Parfois, elles s’endettent ou ont recours aux trafiquants. En cas d’échec, le migrant préfère mourir en mer que de revenir « en raté », source de honte pour sa mère .

Une évolution nécessaire

Aujourd’hui, les femmes soninkés prennent conscience de la nécessité de changer leur condition.

Les freins :

· Le manque d’éducation et de formation professionnelle
· L’analphabétisme (68% des femmes dans certaines régions d’Afrique)
· La marginalisation dans les postes de décision
· Les mutilations génitales féminines et les violences conjugales

Les avancées :

· De plus en plus de jeunes filles vont à l’école
· Des associations féminines se mobilisent
· L’État mauritanien a élaboré une stratégie nationale de gestion de la migration

« Les femmes soninkés doivent se mobiliser afin de freiner ce déséquilibre socio-économique qu’elles sont en train de subir » – Tako Diabira, présidente d’une association féminine au Guidimakha .

La femme soninké aujourd’hui et demain

La femme soninké est à un tournant de son histoire. Elle reste la gardienne des traditions, du foyer et de la transmission. Mais elle aspire aussi à :

· L’éducation
· L’indépendance économique
· Une place dans la société
· La fin des violences et des discriminations

Dans la culture soninké, la femme épanouie est la mère de famille qui a le grenier bien rempli. Mais aujourd’hui, les femmes veulent aussi être actrices de leur propre vie.

De la femme d’autrefois, infatigable et dévouée, à la femme d’aujourd’hui, qui lutte pour son émancipation, la femme soninké est un pilier inébranlable de la communauté. Son courage, sa résilience et son amour pour sa famille méritent d’être célébrés.

Et toi, quel est le souvenir le plus fort que tu gardes d’une femme soninké de ta famille ?


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